QUI EST THERESE THOMAS ?
INTERVIEW

 

Nicolas Tognon : Thérèse, pourquoi vous êtes-vous engagée dans l’association AJ ?


Thérèse Thomas : Je me suis engagée dans l’association AJ pour son originalité. En effet, c’est la première association à s’interroger des effets néfastes de certaines écoutes musicales qui entraînent chez certains jeunes en recherche identitaire, des dérives ignorées ou volontairement occultées, par le milieu socio-éducatif.
Sensibilisée par un article d’Alain Busschaert, j’ai pensé qu’il était grand temps d’agir.
Aussi, quand Alain m’a informée de son projet de créer cette association et m’a invitée à le rejoindre, sans hésitation j’ai accepté.

N.T : L’association porte le nom de votre fille, pourquoi ?

T.T. : Cette association porte le nom de ma fille et d’un autre jeune, Julien (tous deux décédés), parce que ce sont deux cas qui ont été rapportés à Alain. Mais je pense que, malheureusement, elle pourrait aligner plusieurs prénoms !
Le matin du jour où notre vie a basculé, je triais des journaux, et l’article : « En musique-dérive » (que vous pouvez lire dans le chapitre « Presse ») m’a interpellé. J’ai soigneusement déchiré la page afin de la faire lire à Anne-Lise, pour ensuite l’analyser ensemble.
Je ne reconnaissais plus mon ado et je cherchais à comprendre comment et pourquoi brutalement son comportement de petite fille sage avait pris un tel virement.
Seulement je n’ai pas eu le temps de lui faire prendre conscience qu’éventuellement l’écoute réitérée de « ses » musiques était la cause de son comportement qui engendrait les  conflits au sein de la famille et qui l’emmenait à l’échec scolaire.
Ayant retrouvé sur son oreiller, telle une lettre explicative de son geste, la traduction des chansons de son groupe, j’ai tout de suite incriminé SA musique ainsi qu’Internet pour sa facilité d’accès... au meilleur comme au pire !
Seulement, aux funérailles, les rumeurs : « c’est normal, elle était gothique ! »… Ainsi que le « déguisement » de ses fréquentations : roses bleu foncé, presque noires, ont poussé nos investigations au « mouvement gothique », entièrement ignoré au sein de notre famille.

De ce fait, par Internet, je suis entrée en contact avec Alain pour conforter son étude sur les comportements des jeunes sous influence de la musique en apportant un cas concret.

N.T. : Comment vivez-vous qu’une association porte le nom de votre fille ?

T.T. : De toute les façons, ma vie ne sera plus la même. Je vis une autre vie. Un seul être vous manque est tout dépeuplé. Que l’association porte son nom permet de continuer de la faire vivre, surtout qu’elle ne tombe pas dans l’oubli ! Sur cette terre, elle essayait d’aider des copines, je l’avais avertie qu’il fallait être fort soi-même pour pouvoir aider les autres. C’est peut-être sa mission, de me faire rencontrer Alain et Michel Poulaert, pour  créer cette association, en n’ayant pas peur de dévoiler, sans pour autant salir sa mémoire, ce qui l’a emmenée là où elle se repose, afin d’avertir de dangers que je n’ai pas pu discerner. Et j’ai l’impression que cela me donne de l’énergie. Vous savez, rencontrer des personnes, qui, de par leur culture, comprennent le message que vous voulez faire passer c’est très rassurant et enrichissant.

De par leurs observations, auprès des jeunes, de la société, Alain et Michel ne jugent pas et je leur apporte l’expérience d’un cas concret.

N.T : Pensez-vous que la musique puisse conduire vers un changement de comportement ?

T.T : Je suis convaincue que l’écoute réitérée d’un certain style musical peut provoquer un changement radical de comportement. Je l’ai vécu, je suis formelle !
Même si l’on me dit : ce n’est pas la musique, elle avait sûrement des problèmes…

A cet âge quels sont les problèmes ?

Ils ne sont pas d’ordre professionnel, ni financier, elle n’était pas malade…

Les problèmes on peut les découvrir au travers de la musique, en s’appropriant l’état d’esprit du chanteur... Depuis tout le temps, au volant de ma voiture, quand j’arrive dans une agglomération qui m’est inconnue, ou compliquée de par la circulation, je baisse le volume, ou éteins même le volume de ma radio !  Inconsciemment le fond sonore perturbe mon attention ! Quand j’étais jeune, lors des conflits avec ma mère, je fredonnais « le mal aimé » en remplaçant l’article « le » par « la » !!!
Si j’étais amoureuse je chantais : « aujourd’hui j’ai rencontré l’homme de ma vie » !!!
Évidemment le comportement était différent. Je n’étais pas dans le même état d’esprit. Puisque être gothique, écouter le style musical en adéquation avec le mouvement est défini comme : c’est un « état d’esprit ».

Avec le recul, nous avons bien remarqué que le comportement d’Anne-Lise a changé quand sa nouvelle fréquentation l’a insidieusement amenée vers un autre style musical.
Donc, certainement que pour être reconnue par ses pairs, elle a adhéré à ces mouvements de pensée véhiculés par certains styles musicaux.
Elle était jeune, n’avait pas la même maturité que ses fréquentations, et s’est laissée emportée…
Quand j’écoute, je précise écouter, et non entendre, les paroles des chansons qu’elle écoutait je réalise bien qu’on n’y prône pas des propos optimistes, surtout pour des jeunes en pleine construction, en pleine recherche identitaire, donc vulnérables et malléables.

Ces musiques prennent insidieusement possession de leur esprit au point de ne plus «  entendre » ses proches ! Qui se trouvent désemparés, démunis… L’appartenance à un groupe est très importante pour les jeunes.

N.T. : Quels sont vos sentiments sur le changement tragique qu’a subi Anne-Lise ?

T.T. : Devant un tel drame, le sentiment de culpabilité est inévitable. Mais durant une année j’étais envahie par un sentiment d’impuissance. En changeant de fréquentation, elle a changé du tout ou tout. De la petite fille serviable elle est devenue celle qu’il fallait servir sous prétexte qu’elle n’était pas aux 35h et qu’elle, en rentrant elle devait encore travailler…
A table elle avait des propos caustiques envers sa sœur, et surtout un vocabulaire inadapté à son âge…
Elle était devenue violente envers elle-même et sur nous : les parents !
Je ressens périodiquement un sentiment de colère ! Colère envers le professionnel de la santé qui voyait Anne-Lise tous les mois, qui a toujours focalisé, certainement d’après les propos d’A-L, sur le conflit, mère fille. Je consultais pour être aidée et non être incriminée. Plus elle consultait, plus elle était désagréable !
Il n’a jamais soulevé l’éventuel problème de ses fréquentations, de son écoute musical, de ses loisirs (jeux de rôle), de sa lecture…
Et aussi de la colère envers certains professeurs ! Conseils  de lecture, et échange de CD du même groupe de chanteurs qu’A-L.
Mais aussi de la colère en mon égard avec ces questions :

Pourquoi n’ai-je pas retrouvé cet article plus tôt ?

Pourquoi n’ai-je pas traduit les paroles ?

Par contre, ce qui me rassure, c’est que bien souvent après avoir assistée à des conférences, sans être parfaite, je n’ai pas l’impression d’avoir mal agi, ni laxiste, ni trop sévère. Seulement  avec 1 an voire 2 ans plus jeune que ses fréquentations, je n’arrive pas à dire copines, elle n’avait pas les mêmes autorisations, ce qui favorisait les terrains de discorde.

N.T. : Que comptez-vous  apporter à cette association ?

T.T : Ma profonde motivation est de :

REVELER :

 - Les dérives, les drames liés à certaines écoutes musicales, de chanteurs et de groupes nihilistes dont les jeunes sont friands,

 - Les difficultés, (scolaires, familiales et sociales) rencontrées avec ces jeunes dont l’esprit est possédé par ces styles musicaux.

RECOLTER :

Un ensemble d’informations sur ces écoutes musicales et leurs éventuelles dérives.

A partir de ces données, rassembler parents, jeunes et exploiter leurs expériences.

OFFRIR :  

Une oreille attentive aux parents, aux jeunes désemparés face à ce problème devant lequel, il n’y avait personne pour y répondre concrètement.

RECEUILLIR :

Les témoignages de jeunes ayant su réagir devant leur dérive, ainsi que des parents interpellés par ce phénomène.

ALERTER :

De ces  messages  de désespoir  véhiculés par ces chanteurs.

Thérèse Thomas
© 2009 association AJ - Anne-Lise & Julien
ASSOCIATION ANNE-LISE & JULIEN